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09/06/2017

Chantiers de Saint-Nazaire : repenser l'actionnariat !

Le Président Macron, en déplacement sur le site de Saint-Nazaire a indiqué qu'il fallait de nouveau réfléchir à l'actionnariat des Chantiers navals. Manifestement la solution italienne ne reçoit pas son agrément. Pour notre part, nous regrettons l'absence de solution nationale et le relatif effacement de DCNS.

Publié dans Les Echos : 7 Juin 2017

" Chantiers de Saint-Nazaire : pavillon italien et ombre chinoise "

http://lecercle.lesechos.fr/node/170735/

 

Autrefois, Alstom avait encore l'avantage et la puissance d'être un conglomérat :  chantiers navals, industrie ferroviaire, branche électrique et turbines. Auparavant, la notion de conglomérat était encore plus évidente du fait de la présence d'Alcatel alors pivot de la CGE ( Compagnie générale d'électricité ) d'Ambroise Roux. Le vent a tourné et une politique assez minutieuse de démantèlement a été engagée. Le conglomérat n'a pas les faveurs des analystes financiers et des marchés ( décote de holding ) et on en voit le résultat tangible au plan de la structure des groupes européens.

En 2017, il y a longtemps que les chantiers de Saint-Nazaire ont été vendus :  d'abord à un opérateur norvégien puis à un groupe sud-coréen qui vient d'être mis en liquidation.

Malgré les efforts de Christophe Sirugue, secrétaire d'Etat à l'industrie du gouvernement Cazeneuve, l'Etat a calé et s'est plié à la loi du marché par-delà certaines déclarations préalables. Ainsi, l'actionnaire de référence des chantiers STX à Saint-Nazaire devait être italien faute d'un patriotisme national qui aurait pourtant été justifié.

Selon les informations initialement disponibles au printemps, il ressort que le groupe Fincantieri devrait disposer à l'avenir de la majorité du capital. L'Etat conservant sa minorité de blocage de 34% épaulée par les 10% de DCNS.

Certains diront que l'on retrouve la même configuration que du temps de l'actionnaire sud-coréen. A une lourde nuance près que le risque de délocalisation du savoir-faire est éminemment supérieur.

De surcroît, il faut impérativement garder à l'esprit que seul ce chantier est capable d'élaborer et de réaliser la coque d'un porte-avions nucléaire. Autrement dit, à l'expiration du temps de service du Charles de Gaulle, un élément stratégique de notre défense nationale reposera sur les petites lignes d'un pacte d'actionnaires entre Fincantieri et l'Etat. N'avions-nous pas la possibilité via ce fait de défense nationale de monter jusqu'au seuil de la majorité simple?

Décidément, on comprend mal la logique suivie par l'Etat alors présidé par François Hollande. Chez Peugeot, on a su prendre des risques ( 17,5% du capital ) pour aider au retournement d'un groupe en péril. Ici, nous sommes face à une entreprise prospère, à l'activité commerciale débordante et dotée d'un fort niveau de technicité ( paquebots de type " géants des mers " ) et on reste sur le quai des brumes d'une décision publique fort contestable.

Evidemment, si la fiscalité du capital était moins dure, il y aurait pu avoir des repreneurs partiels tricolores. Il est quand même désolant de devoir constater qu'une belle affaire file à l'étranger – reste ancrée sous la coupe étrangère - tout comme Technip, Dentressangle ou Lafarge.

Cette érosion de notre appareil productif trouve toujours des avocats de circonstances. Le problème, c'est que l'Etat vient d'adopter une triste logique en oubliant le détail potentiellement mortifère pour Saint-Nazaire : le groupe Fincantieri vient d'investir en Chine et de créer une coentreprise.

La logique posée et froide des chiffres risque par conséquent de sceller le destin d'une partie des salariés actuels de STX. Evidemment une équipe gouvernementale sortante n'en a eu cure et le président Hollande a habilement détourné le regard.

Dans un communiqué commun entre Messieurs Sapin et Sirugue qui remonte au 10 octobre 2016, on pouvait lire :  " L’objectif du Gouvernement n’est pas de devenir actionnaire majoritaire de la société STX France mais il est de peser dans le choix du repreneur pour que les Chantiers de Saint-Nazaire puissent disposer d’un actionnariat industriel solide capable d’accompagner leur développement sur le long terme. "

A la lumière de cette novlangue, on ne peut qu'être désolé de l'absence de volontarisme.

A ce stade, il est crucial de relever que la politique industrielle de la France va peut-être se réarmer comme du temps de Bernard Esambert, conseiller industriel talentueux du président Pompidou (http://www.annales.org/archives/x/esambert.html    ). Ainsi, le président Macron vient , en date du 31 mai à Saint-Nazaire, d'agir en " chamboule-tout " en indiquant qu'il souhaitait vivement que l'équilibre actionnarial soit revu. (http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2017/06/02/msc-nous-ferons-tout-pour-eviter-que-fincantieri-ne-pille-saint-nazaire_5137681_3234.html?xtmc=stx&xtcr=1   ).

Depuis, le client MSC va peut-être acquérir la qualité d'actionnaire. Pour notre part, nous maintenons un appel de principe vers la DCNS qui a toute latitude pour éviter qu'un fleuron de notre pays ne subisse un flux de délocalisation vers la Chine.

Manifestement, la nouvelle équipe au pouvoir dispose de jumelles plus adaptées que la Hollandie crépusculaire qui s'est davantage illustrée par ses tours de passe-passe budgétaire ( http://lecercle.lesechos.fr/node/170595/ )  que par sa vista industrielle.

Vendredi 9 juin 2017